COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Des médicaments gratuits devenus payants. Des moustiquaires en stock non distribuées. Des tarifs qui varient de 1 500 à 20 000 FCFA selon l’hôpital. Le Cameroun célèbre la Journée mondiale de lutte contre le paludisme. Ses malades, eux, paient ce que la loi garantit gratuit.

Positive-Generation l Yaoundé, le 25 avril 2026

Yaoundé, 25 avril 2026. Aujourd’hui, le monde marque la Journée mondiale de lutte contre le paludisme. Des engagements seront réaffirmés. Des progrès seront salués. Et demain, dans les dix régions du Cameroun, des femmes enceintes repartiront de leur consultation prénatale sans moustiquaire — alors que les stocks sont disponibles sur site.

Positive-Generation ne célèbre pas. Elle documente. Et ce qu’elle a documenté sans interruption, d’avril 2025 à avril 2026, à travers les sentinelles et observateurs du Treatment Access Watch (TAW) présents dans minimum 73 formations sanitaires des 10 régions, mérite d’être dit clairement ce 25 avril 2026.

LES CHIFFRES QUE LE CAMEROUN SAIT ET NE DIT PAS

Le paludisme est la première cause de morbidité et de mortalité dans les formations sanitaires camerounaises. Les enfants de moins de cinq ans représentent au moins 60 % des décès, et les femmes enceintes en sont les victimes les plus exposées. Pour les protéger, l’État a posé un cadre normatif ferme : gratuité du traitement du paludisme chez l’enfant depuis 2011, gratuité du TDR et du traitement grave depuis 2014, distribution gratuite des MILDA aux femmes enceintes, traitement préventif intermittent (TPI) gratuit dès le 4e mois de grossesse.

Voici ce que les données taisent dans les discours officiels. En 2024, le TAW relève que 40,40 % des formations sanitaires ont exigé des surcoûts illégaux pour le traitement de la femme enceinte et 38,98 % pour celui de l’enfant. Le TPI a été facturé dans 36 districts de santé, touchant une population estimée à près de 10 millions de personnes. Les ruptures de traitement, quant à elles, ont atteint 18,10 % (TPF) et 14,60 % (TPE) des formations sanitaires au quatrième trimestre — pic récurrent en fin d’année.

CE QUE NOS SENTINELLES ONT VU

Les synthèses du TAW d’avril 2025 à avril 2026 dressent un constat cohérent et national.

En mars 2026, sur 60 formations sanitaires dans 22 districts : surcoûts sur le TPE dans 26,3 % des FOSA ; TPI facturé dans 2,4 % des sites ; MILDA en rupture dans 4,9 %. Dans les dix régions, la prise en charge des bénéficiaires de la gratuité est facturée entre 1 500 et 20 000 FCFA selon la formation sanitaire, sans justification réglementaire. Certains personnels de santé ignorent l’existence des textes qui régissent la gratuité.

En avril 2026, sur 73 formations sanitaires, environ 30 % des sites récidivent. À l’hôpital de district de la Cité des Palmiers, 6 femmes enceintes sur 10 ont reçu leur MILDA en CPN au premier trimestre — les quatre autres repartent sans, alors que les stocks sont disponibles sur site. Ce n’est pas une rupture d’approvisionnement. C’est une défaillance de gestion interne.

Derrière ces pourcentages, il y a des personnes. Un usager de l’hôpital protestant de Ngaoundéré témoigne, le 15 avril 2026 : « Malgré le fait que je lui ai dit que le test paludisme est gratuit pour les enfants de 0 à 5 ans, ils ont demandé 1 300 FCFA pour le test et 1 500 FCFA pour le traitement. » Un soignant contraint par des pénuries locales. Un droit garanti par la loi, inappliqué.

CE QU’UNE MILDA NON DISTRIBUÉE ET UN SURCOÛT SIGNIFIENT CONCRÈTEMENT

Un surcoût illégal sur un traitement garanti gratuit n’est pas seulement une violation du droit à la santé. C’est une destruction de valeur économique. Dans un contexte où 70 % des dépenses de santé reposent directement sur les ménages camerounais, une facture de plusieurs milliers de FCFA pour soigner un enfant paludéen représente plusieurs jours de revenu pour les ménages les plus précaires. Elle retarde le recours aux soins, aggrave les cas, et génère des coûts d’hospitalisation évitables bien supérieurs à ceux de la prévention ou du traitement précoce.

À l’échelle de millions de personnes touchées dans plus de quarante districts de santé, selon les données TAW 2025, l’impact économique cumulé, incluant les pertes de productivité liées à l’immobilisation des actifs, les coûts des complications obstétricales et les dépenses de soins tardifs, se chiffre, selon une estimation prudente, en dizaines de milliards de francs CFA chaque année. Le paludisme coûte plus cher lorsqu’il est mal pris en charge.

Le cadre institutionnel existe. Les textes de gratuité ont plus de dix ans. Les ressources du Fonds Mondial sont allouées. Ce qui fait défaut, c’est l’articulation entre la norme et son exécution : absence de contrôle effectif sur l’application de la tarification, absence de traçabilité nominative dans la distribution des MILDA, absence de mécanisme formel intégrant les signalements communautaires dans les réponses des programmes. Ces lacunes ne requièrent pas de ressources supplémentaires majeures. Elles requièrent une volonté de rendre compte. Toutes ces lacunes sont connus des autorités et ne requièrent pas de ressources supplémentaires majeures. Ce qui manque, ce n’est pas la réglementation. C’est la volonté de la faire appliquer et les mécanismes pour en rendre compte.

NOS EXIGENCES

Au Ministère de la Santé Publique : Mettre fin immédiatement aux surcoûts illégaux. Diligenter des contrôles ciblés et rendre publiques les sanctions. Rendre obligatoire l’affichage de la grille tarifaire officielle dans toutes les formations sanitaires.

Au Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) : Introduire un registre nominatif de distribution des MILDA en CPN. Rendre publiques les données de disponibilité des intrants par région et par district, chaque trimestre. Intégrer formellement les signalements du TAW dans les mécanismes de réponse aux défaillances.

Aux autorités régionales et de district : Organiser des sessions de rappel des personnels sur les textes de gratuité. Garantir des approvisionnements réguliers pour mettre fin aux justifications invoquant les ruptures de stocks.

Au Fonds Mondial : S’assurer que les ressources allouées au paludisme parviennent effectivement aux populations cibles, et que la société civile dispose des moyens de surveillance pour documenter et corriger les défaillances.

NOUS SOMMES SUR LE TERRAIN. NOS RAPPORTS SERONT PUBLIÉS

Depuis 1998, Positive-Generation défend une conviction simple : la santé est un droit humain, pas un privilège. C’est cette conviction qui a fondé le TAW en 2004. C’est elle qui nous amène à publier ce communiqué.

Nous ne demandons pas l’impossible. Nous demandons que les moustiquaires disponibles en stock soient remises aux femmes enceintes. Que les traitements déclarés gratuits soient gratuits, partout. Que les personnels de santé connaissent les textes et les appliquent.

Le Cameroun a les textes. Il a les structures. Il a, avec le Fonds Mondial, les ressources. Ce qui manque, ce n’est pas l’argent. C’est la volonté de rendre compte.

Nos observateurs sont sur le terrain. Nos rapports seront publiés.

Contact presse : positive.generation@positive-generation.org   ☎ +237 698 554 125   �� positive-generation.org | @pg.cameroon

Think Positive, Be Positive And Overcome   –   Yaoundé, Cameroun, 25 avril 2026

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